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Morcellement dans Etats Unis / Guillaume Ang March 21, 2008

Posted by Guillaume Ang in Extended news, Politique.
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Un panorama des résultats des primaires aux USA fait ressortir un fait étrange: l’électorat américain a perdu, dans un camp comme dans l’autre, de son unité.

Résultat des primaires des 3 dernières éléctions

Des explications faciles à ce constat pourraient sortir du chapeau d’un magicien n’ayant penché qu’un regard rapide sur l’état de la population américaine : crise des subprimes, désadhésion aux idéaux de la guerre en Irak, donc au mythe du rôle salvateur des États-Unis pour les populations oppressées, des catastrophes naturelles qui n’ont eu de cesse de se faire remarquer depuis le passage au 3ème millénaire,… On tentera cependant de replacer ce constat dans une réalité historique plus profonde :

A commencer par le déplacement général de l’équilibre des poids de la scène géopolitique internationale : si, il y a 4 ans, les Français tiquaient sur l’embargo de la viande française décidé par Washington, l’heure est aujourd’hui à faire front contre un ennemi commun : la Chine. On parle de la balance défavorable du Yuan et des répressions au Tibet. Oubliées les complaintes contre l’hégémonie américaine au proche orient, on se demande maintenant si les opérations du gouvernement américain pour sauver ses banques sauront profiter à l’Europe ! Les USA semblent, plus rapidement que prévu, être redevenus de francs amis juchés sur un égal piédestal. On les plaindrait presque d’être à ce point endettés auprès de Pékin, de ne savoir comment se sortir de cette guerre d’Irak devenue sordide.

Vu de l’extérieur, les Américains ont donc perdu de leur superbe. Mais rappelons nous d’un fait : depuis 1815, date de leurs derniers conflits avec leurs oncles anglais, le sol des États-Unis n’a plus jamais été le siège d’une invasion étrangère, et l’on peut penser qu’après un siècle de domination des relations internationales, la menace d’un conflit qui prendrait pied sur ce sol peut avoir sombré dans l’oubli. La guerre civile est en revanche un maillon essentiel de l’histoire américaine, de même que lorsque des périodes d’affaiblissement sont survenues au cours du vingtième siècle, le trouble provenaient d’abord de l’intérieur : guerre de cessession, krach boursier dû au crédits des ménages, déclarations répétitives de la guerre au Moyen Orient.

On pourrait en déduire simplement que l’on reconnaît là le travers de la position de super-puissance sur une période trop longue : les États-Unis, en tant que moteurs des relations diplomatiques et de l’économie mondiale, seraient les seuls à pouvoir se faire des croche-patte! On pourrait au contraire voir dans l’intéressant métissage de la population américaine, paradoxal par ailleurs avec le message unique que cette puissance émet vers le reste du monde, le creuset d’une lutte intestine, délicate et inaboutie. Les États-Unis succomberaient aujourd’hui à leur profond morcellement au moment précis où la preuve de leur puissance extérieure s’affaiblirait :

Un premier élément de preuve de cette vision tient à la constatation, par de nombreux observateurs, d’une certaine aggravation du malaise social aux USA. Comme l’exprime Jacob S. Hacker dans son ouvrage The Great Risk Shift, l’insécurité sociale ne caractériserait, selon lui, plus seulement les travailleurs pauvres : elle s’étendrait à l’ensemble des classes moyennes américaines. Ce professeur de sciences politiques recense les marqueurs de trouble, au nombre desquels figurent la volatilité croissante des revenus des ménages américains et la peur grandissante du licenciement. Plus préoccupant encore vient le débat sur l’insécurité médicale qui amène encore plus chacun à faire face à son propre sort. Dans un contexte économique incertain, le rêve américain devient donc une mauvaise farce.

Unis jusqu’à présent par la marche d’une super-machine mondiale, les chahuts de cette voie laissent désormais à l’engouement pour une même réussite de communautés disparates peu de motifs. Et c’est ce que cette élection vient nous confirmer : chez les démocrates, d’une part les jeunes et les communautés noires, de l’autre les hispaniques et les plus âgés, tandis que du coté républicain, certains se sentent lésés devant la mise en avant d’un message de droite clairement déformé. Les croche-patte dont s’assènent les États-Unis seraient finalement les signes d’une maturité culturelle qui tarde à venir. Mais quel sera l’état des forces internationales lorsque l’union des communautés aux USA cessera enfin de se fragiliser sous les coups de vent venant, pourquoi pas, de l’Est ?

Guillaume Ang

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